Inauguration de l’esplanade François MITTERRAND
2 October 2007 par gpemunicipaltoulouseDiscours prononcé par Jean-Jacques MIRASSOU
Vice-Président du Conseil Général
Conseiller Général du canton de Toulouse 7
Conseiller Municipal de Toulouse
28/09/2007
28 septembre 2007 - 8 janvier 1996, jour du décès du Président Mitterrand, nous étions ce jour là un certain nombre à l’apprendre en séance d’un Conseil Municipal. Entre ces deux dates, 11 ans se sont écoulés et il aura donc fallu un peu plus d’une décennie pour qu’après de nombreux atermoiements de vos deux prédécesseurs, Monsieur le Maire, notre ville honore enfin la mémoire de François Mitterrand en baptisant de son nom cette esplanade située au cœur de notre Cité. Pour être exact, je dois à la vérité de dire, que prenant vos fonctions de Maire, vous vous étiez engagé à « désenliser » ce dossier en quelques mois et vous avez tenu parole. Je vous en remercie au nom de tous ceux, et ils sont nombreux, qui sont attachés à la mémoire de François Mitterrand. Né en 1916, disparu en 1996, François Mitterrand est un pur produit du XXe siècle. Homme de lettres et de culture classique, il aura successivement vécu la Deuxième Guerre Mondiale, la Décolonisation, la Guerre Froide et l’effondrement du mur de Berlin. Evoquer en quelques minutes sa vie et son œuvre est une mission impossible à réaliser, c’est pourquoi j’ai choisi délibérément d’évoquer deux aspects de son personnage qui s’inscrivent d’ailleurs dans la continuité. Tout d’abord François Mitterrand, l’homme de gauche, le responsable du Parti Socialiste qu’il dirigea pendant 10 ans pour le conduire au pouvoir le 10 mai 1981.Dix années de combat qui marquèrent la renaissance de la Gauche française et qui ont débuté à l’occasion du Congrès d’Epinay sur Seine en 1971 par la naissance du nouveau Parti Socialiste regroupant de nombreuses familles de la Gauche non Communiste.François Mitterrand en devenait logiquement le Premier Secrétaire et le cap était mis sur l’Union de la Gauche dont il allait porter les couleurs en s’appuyant sur un Programme Commun réunissant aux cotés du Parti Socialiste, le Parti Communiste et le Mouvement des Radicaux de Gauche à l’occasion de l’élection présidentielle de 1974. Cette campagne avait engendré une formidable dynamique populaire adossée à un slogan : « Changer la vie ». Le candidat de l’Union de la Gauche ne s’inclina que de justesse face à Valéry Giscard-d’Estaing à l’occasion d’une défaite porteuse d’espoir. Dans sa déclaration du 2e tour, depuis Château-Chinon, il concluait, en s’adressant à tous ceux qui lui avaient témoigné sa confiance, en disant « Parce que vous représentez le monde de la jeunesse et du travail notre victoire est inéluctable ».La suite devait lui donner raison car malgré de nombreuses difficultés, François Mitterrand a tenu bon dans la ligne fixée antérieurement.Sa stratégie et sa longue patience permettront, en s’appuyant sur les fameuses 110 propositions, la victoire historique du 10 mai 1981.Une victoire ayant suscité une joie et une liesse populaire à la hauteur des légitimes espoirs du peuple de Gauche. Chacun d’entre nous a bien sûr en mémoire cette foule immense envahissant le centre ville pour manifester spontanément, dans une ambiance fraternelle, la même joie empreinte des mêmes espoirs.Rappelons également que, fidèle à une tradition remontant à 1965, François Mitterrand aura à 4 reprises terminé sa campagne électorale à Toulouse en remerciant ainsi de sa fidélité le peuple de Gauche de la Région, du Département et notre Ville. « La Force Tranquille » de François Mitterrand a trouvé chez nous, plus qu’ailleurs, une adhésion sans faille qui témoigne de 30 ans d’affectueuse fidélité et c’est sans doute aussi pour cette raison qu’au cours de ses deux septennats, François Mitterrand sera venu dans notre ville :-septembre 1982-mars 1984pour saluer la naissance des Airbus A300 et A320,-septembre 1987 pour inaugurer le SITEF,-10 octobre 1990 pour inaugurer l’usine Clément Ader. Je voudrais maintenant évoquer la deuxième vie politique de François Mitterrand, celle qui résonne comme un slogan maintes fois employé : « Mitterrand Président ». Il n’est d’ailleurs pas question de retracer le bilan de deux septennats mais d’évoquer un certain nombre de mesures et de projets, menés à bien par François Mitterrand, qui démontrent d’une manière indiscutable la volonté qui a été la sienne de rester fidèle à ses engagements socialistes tout en prenant la dimension d’un Président de la République responsable de l’intérêt général et de celui de la Nation. Dès la prise de pouvoir, la Gauche, sous l’impulsion du Président de la République, a engagé :*de nombreuses et profondes réformes de structure :-Nationalisation-Décentralisation ;*une série de réformes conjoncturelles : -augmentation des Revenus des plus défavorisés-majoration du SMIC - du minimum vieillesse- des allocations logement et familiales-39 heures de travail par semaine-5e semaine de congés payés-retraite à 60 ans*et enfin, une succession de réformes de société :-Loi Quillot-Loi Auroux-autorisation des radios locales privées. Mais vraisemblablement, parmi toutes ces mesures, celle qui demeure la plus emblématique est la suppression de la peine de mort, intervenue le 9 octobre 1981, qui a fait progresser notre société vers plus d’humanisme et de dignité humaine au service d’une République moderne.Robert Badinter, Garde des Sceaux, avait conclu son brillant plaidoyer devant les Députés en déclarant : « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue ». Est-il besoin de rappeler que quelques heures avant le second tour des élections présidentielles, au moment où une large majorité de français soutenait la peine capitale, François Mitterrand avait clairement réitéré sa volonté de l’abolir à la suite de son élection car il n’entendait pas transiger avec ses valeurs et ses convictions tout en faisant la démonstration que la pratique politique doit savoir précéder l’opinion publique et non s’y conformer systématiquement. Toutes ses réformes, ses lois et ses décisions s’inscrivent dans la lignée de celles ayant marqué le Front Populaire et la Libération avec l’application du programme du Conseil National de la Résistance. Mais pour tenter d’être complet, il faudrait également évoquer le rôle du Président Mitterrand sur la scène internationale.-Son action décisive dans le cadre de la réconciliation et de l’amitié franco-allemande au service de la construction européenne. Le couple France-Allemagne, incarné par le Président Mitterrand et le Chancelier Helmut Köhl, véritable moteur de la dynamique européenne, concrétisera différents projets participant à l’essor de notre Ville, de notre Département, de notre Région. -Sur le plan international encore, souvenons-nous de ce 28 juin 1992, où en plein conflit serbo-bosniaque, il força courageusement les lignes pour rentrer à Sarajevo et permettre ainsi d’ouvrir 5 jours plus tard un pont aérien. -Sur le plan international enfin; je veux évoquer un texte qui représente encore aux yeux de tous les progressistes un formidable message d’espoir en direction des pays pauvres et privés de Liberté.Il s’agit du fameux discours de Cancun au Mexique, prononcé le 20 octobre 1981 : « Aux fils de la Révolution Mexicaine, j’apporte le salut fraternel des fils de la Révolution Française ». Ainsi débutait le propos de François Mitterrand, et il devait poursuivre en déclarant : « En droit international, la non-assistance aux peuples en danger n’est pas encore un délit. Mais c’est une faute morale et politique qui a déjà coûté trop de morts et trop de douleurs à trop de peuples abandonnés, où qu’ils se trouvent sur la carte pour que nous acceptions, à notre tour, de la commettre. »« Salut aux humiliés, aux émigrés, aux exilés sur leur propre terre qui veulent vivre et vivre libres.-Salut aux séquestrés, aux disparus et aux assassinés qui voulaient seulement vivre et vivre libres.-Salut aux prêtres brutalisés, aux syndicalistes emprisonnés, aux chômeurs qui vendent leur sang pour survivre, aux indiens pourchassés dans leur forêt, aux travailleurs sans droit, aux paysans sans terre, aux résistants sans arme qui veulent vivre et vivre libres.-A tous, la France dit : Courage, la liberté vaincra. » C’est là, certainement, qu’il faut chercher le côté le plus universel de la pensée et de l’engagement d’un François Mitterrand sachant dépasser les frontières de notre pays pour exporter à l’autre bout du monde son idéal de liberté et de justice sociale. C’est la raison pour laquelle cette esplanade François Mitterrand mérite amplement d’être située à proximité des Allées Jean Jaurès et à quelques centaines de mètres de l’Avenue Léon Blum. Trois hommes, trois figures du Socialisme français. Pour terminer, je voudrais dire que les Socialistes, les hommes et les femmes de Gauche, mais aussi de très nombreuses Françaises et de très nombreux Français savent qu’ils ont perdu en François Mitterrand un acteur passionné de la vie publique, une personnalité exceptionnelle et un homme d’Etat désormais inscrit dans l’Histoire comme ses deux illustres prédécesseurs.Continuons à agir en pensant à lui.
